Retour sur la Journée technique de la FNOSAD (2/3) : focus sur le microbiote intestinal de l’abeille

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Ce samedi 17 janvier, le CARI et Arista Bee Research Belgium étaient présents à la journée technique de la Fédération Nationale des Organisations Sanitaires Apicoles Départementales (FNOSAD). Lors de cette journée, plusieurs conférences ont été présentées et abordaient un panel de sujets variés. Les conférences étaient principalement centrées sur l’aspect sanitaire en apiculture.

Le CARI et ARISTA ont suivi cet évènement riche en informations et vous présentent une série d’articles qui reprennent les éléments clés ressortant de cette journée.


Cet article reprend un synthèse des conférences des Dr. Vétérinaire Marc-Edouard Colin et Dr. Vétérinaire Michel Pottiez, présentant les organismes unicellulaires présents dans le système intestinal de l’abeille, dont certains à l’origine de maladies.

« Les organismes unicellulaires de l’intestin de l’abeille, parasites ou commensaux ? »

Au sein du système digestif de l’abeille, la membrane péritrophique, composée de microfibrilles de chitines et de protéines, est une structure poreuse de l’intestin moyen permettant de fixer les enzymes digestives de l’abeille. Cette membrane assure également une protection contre les molécules abrasives et certains organismes unicellulaires présents au sein du système digestif de l’abeille.

Parmi les organismes unicellulaires présents dans l’intestin de l’abeille, on distingue les organismes parasites, qui vivent au dépens de l’hôte dans lequel ils se développent et provoquent des dégâts. Les organismes commensaux, quant à eux se nourrissent de l’hôte sans nuire à son bon fonctionnement.

Quelques organismes présents dans l’intestin de l’abeille domestique

Crithidia sp. et Lotmaria sp.

Ces organismes pénètrent dans le système digestif de l’abeille par voie orale. Leurs tailles, plus grande que celles des organismes pathogènes, les empêchent de passer à travers la membrane péritrophique de l’intestin moyen. Ils sont donc incapables de provoquer des dégâts au-delà de la membrane et sont caractérisés comme organismes commensaux.

Protozoaires unicellulaires (néo-grégarines ou Grégarines)

Ces protozoaires sont également incapables de traverser la membrane péritrophique, de par leur taille trop élevée. Si en théorie leur développement n’entraîne pas de lésions intestinales et sont considérés comme organismes commensaux, ils sont néanmoins suspectés de détériorer les tissus adipeux de l’abeille. Plusieurs études scientifiques sont en cours et visent à identifier l’éventuel impact négatif des néo-grégarines sur la santé de l’abeille.

Malpighamoeba mellificae

Cet organisme unicellulaire pénètre dans le système digestif de l’abeille par voie orale. Il se développe sous la forme de germes dans l’intestin moyen sans provoquer de lésions, ce qui le classe donc dans la catégorie des organismes commensaux.

Nosema apis et Nosema ceranae

Ces deux champignons parasites sont à l’origine de la nosémose, une maladie qui provoque notamment des diarrhées chez l’abeille.

Lorsqu’une abeille est contaminée, les champignons Nosema atteignent les cellules de l’intestin en profitant de lésions existantes dans la membrane péritrophique*. Ces champignons sont donc plutôt caractérisés comme parasites opportunistes.

*N. ceranae secrète également une enzyme qui faciliterait le franchissement de cette membrane.

Afin de poursuivre leur développement, ces champignons génèrent ensuite un filament qui germe à travers la membrane péritrophique de l’intestin moyen. Leur cycle de multiplication, complexe et encore en partie méconnu, a lieu dans les cellules mêmes de l’intestin moyen. Les spores s’accumulent finalement dans le rectum.

La maladie noire ou maladie de la paralysie chronique (ou « mal des forêts »)

Cette maladie est provoquée par le virus CBPV (Chronic Bee Paralysis Virus) et affecte l’abeille adulte, surtout en printemps ou en été, lors des périodes de mauvais temps. La maladie noire touche particulièrement les colonies qui se développent dans les forêts, d’où son appellation de « mal des forêts ».

Origine
Les abeilles sont infectées par l’ingestion de matières contaminées, notamment par la nourriture échangée par trophallaxie et par contact, notamment avec des déjections contaminées. De plus, la surconsommation de miellat, particulièrement présent en forêt et riche en minéraux, fragiliserait le système digestif et favoriserait le développement du virus dans l’organisme de l’abeille.

Transmission
La transmission de cette maladie peut se faire de manière verticale, c’est-à-dire par l’intermédiaire d’une reine qui infecte ses œufs. La transmission peut également se réaliser de manière horizontale, lorsque les ouvrières se contaminent entre-elles par trophallaxie, par les phénomènes de dérives et de pillages ou encore par les manipulations de l’apiculteur lui-même.

Par ailleurs, la transmission du virus au sein de l’organisme de l’abeille est aussi facilitée au travers des lésions de la cuticule, provoquées par des blessures ou des frottements.

L’ensemble de ces mécanismes favorise la transmission du virus au sein d’un rucher et entre plusieurs ruchers.

Symptômes
Lorsqu’une colonie est contaminée, les symptômes peuvent survenir durant les 15 jours qui suivent l’infestation, à savoir :

  • Pertes de poils (abeilles dites « luisantes ») ;
  • Abeilles agitées et peu actives ;
  • Abeilles tremblantes ;
  • Tapis d’abeilles mortes ou vivantes à l’entrée de la ruche, certaines butineuses se voient d’ailleurs refuser l’entrée de la colonie par les gardiennes ;
  • Incapacité de vol pendant 4 à 7 jours, puis mort de l’individu 1 à 2 jours plus tard.

Il est important de noter qu’une abeille contaminée peut être porteuse saine et ne pas contracter la maladie. Dans ce cas précis, certains facteurs peuvent favoriser le développement de la maladie : surpopulation des colonies par rapport aux ressources présentes dans l’environnement, confinement d’une colonie, transhumance, mauvaises conditions météorologiques, absence de reines. Ces facteurs ont pour conséquence commune de générer des situations de stress conséquent au sein d’une colonie et favoriser son affaiblissement et ses capacités de défenses immunitaires face à la maladie.

Leviers de prévention et/ou de lutte contre la maladie

  • Assurer une lutte efficiente contre Varroa : pour limiter les risques de blessures pouvant représenter une porte d’entrée au virus et favoriser le développement de la maladie.
  • Veiller à la consommation de miellat : pour limiter les risques de déséquilibres alimentaires qui pourraient fragiliser les défenses générales de l’abeille en contact avec le virus.
  • Veiller à la période de pose des trappes à pollen : pour limiter les risques de carences alimentaires qui pourraient fragiliser les défenses générales de l’abeille en contact avec le virus, la récolte de pollen devant être réalisée sur des colonies fortes, en dehors de périodes où les ressources alimentaires sont limitées.
  • Veiller à la période de pose des portes anti-frelons : pour limiter les frictions par passage de la porte qui pourraient entrainer des risques de blessures représentant une porte d’entrée au virus. Il est d’ailleurs déconseillé de laisser ces portes anti-frelons l’entièreté de la saison apicole, soit de les placer uniquement lorsque le frelon asiatique exerce une pression de prédation et de les enlever à la sortie de l’hiver.
  • Veiller à la qualité de la reine : pour favoriser les souches qui se montrent plus résistantes de sorte qu’en cas de contamination, il est alors préférable de changer de reine.

Actuellement, aucun traitement curatif n’existe pour lutter contre la maladie noire. Une attention particulière doit donc être accordée aux différents leviers de prévention cités ci-dessus.

En cas de suspicion d’une contamination, un apiculteur peut envoyer des échantillons d’abeilles capturées à l’intérieur et l’extérieur de la ruche à un laboratoire spécialisé.

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