Sulfoxaflor: une autorisation scandaleuse

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Lors de la conférence de presse de l’UNAF hier à Paris, le syndicat a dénoncé un nouveau scandale, celui du sulfoxaflor:

Le sulfoxaflor, nouveau néonicotinoïde autorisé en France pour de nombreux usages

La presse s’en fait largement l’écho aujourd’hui. Voici une petite revue de presse:

 

Abeilles: les apiculteurs inquiets d’un “nouveau néonicotinoïde”

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Les apiculteurs inquiets après l’autorisation de deux insecticides contenant un nouveau “néonicotinoïde”

L’autorisation de deux insecticides « tueurs d’abeilles » indigne les apiculteurs

Pesticides «tueurs d’abeilles» : une nouvelle couleuvre majeure pour Nicolas Hulot ?

Les apiculteurs dénoncent l’autorisation d’un nouveau néonicotinoïde en France

Alors que les récoltes de miel restent catastrophiques, que les ruches se vident de leurs occupantes, l’Anses donne son feu vert à une molécule « tueuse d’abeilles ».

LE MONDE | 19.10.2017 à 19h35 • Mis à jour le 19.10.2017 à 19h41 | Par Stéphane Foucart et Martine Valo

Les apiculteurs français sont furieux. Alors que la récolte de miel de 2017 se révèle au moins aussi catastrophique que celle de 2016 – elle n’atteint pas 10 000 tonnes, soit au moins trois fois moins que dans les années 1990 –, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) a dénoncé, jeudi 19 octobre, l’autorisation de mise sur le marché par la France du sulfoxaflor. Ce nouvel insecticide développé par la société Dow AgroSciences est introduit sur le marché, alors que les néonicotinoïdes, en voie d’interdiction en Europe, doivent être interdits en France par la loi de reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages dès 2018 – des dérogations demeurant possibles jusqu’en 2020.

Le problème, selon l’UNAF, est que le sulfoxaflor est aussi un néonicotinoïde – sans être classé comme tel par les industriels et les agences réglementaires en Europe. Il agit, en tout cas comme les « néonics », en se fixant sur les mêmes récepteurs du système nerveux central.

En 2013, la Commission européenne avait décidé un moratoire interdisant trois des cinq néonics en usage. Celui-ci est toujours en vigueur et une suppression définitive de l’ensemble de cette famille en Europe est à l’étude. Alors pourquoi en autoriser un nouveau en France ? « C’est honteux, scandaleux, pitoyable et irresponsable vis-à-vis des générations futures, s’étrangle Gilles Lanio, le président de l’UNAF. Je n’en reviens toujours pas ! »

Une évaluation alarmante d’un déclin

L’affaire rend le monde apicole d’autant plus furieux qu’elle intervient alors que vient d’être publiée, dans la revue PLoS One, une évaluation alarmante du déclin des invertébrés : depuis 1989, les aires protégées allemandes ont perdu environ 80 % de leurs populations d’insectes volants, un chiffre qui reflète très probablement la situation dans le reste de l’Europe. La cause la plus plausible identifiée par les chercheurs étant l’intensification du recours aux pesticides, dont les néonics utilisés en enrobage de semences.

Au niveau européen, le sulfoxaflor est autorisé depuis 2015. Et ce bien que l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait pointé dans le dossier d’homologation transmis par Dow AgroSciences, « des informations manquantes requises dans le cadre réglementaire » et n’excluait pas, pour certains usages, « un risque élevé pour les abeilles », ainsi qu’un « risque à long terme élevé pour les petits mammifères herbivores ».

En France, l’Anses a autorisé deux produits à base de sulfoxaflor en septembre

« Le sulfoxaflor n’est pas un néonicotinoïde, proteste pour sa part Benoît Dattin, porte-parole de Dow AgroSciences en France. Il est autorisé dans 43 pays, est utilisé sur des millions d’hectares et aucun impact négatif sur les abeilles ou les pollinisateurs n’a été signalé. »

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a autorisé deux produits à base de sulfoxaflor en septembre. L’UNAF, qui entretenait depuis deux ans des échanges avec l’agence sur les alternatives aux néonicotinoïdes, l’accuse d’avoir autorisé « en catimini » la mise sur le marché du nouvel insecticide. « A chaque fois que nous avons posé la question à ce sujet, l’Anses nous a répondu qu’on verrait plus tard, qu’il y aurait une consultation du public, témoigne Gilles Lanio. Elle nous dit aujourd’hui qu’il aura des conditions restrictives, qu’un dispositif de phytovigilance sera mis en place… » L’UNAF, qui dit ne pas avoir été consultée, en doute.

« On autorise et après on tergiverse »

« C’est toujours le même double discours politique. J’ai l’impression de revivre ce que nous avons déjà connu il y a vingt-cinq ans, soupire Henri Clément, porte-parole de l’UNAF. On autorise un produit à la légère et après on tergiverse avant de le retirer, au bout de quinze ans. » A chaque fois, l’UNAF doit livrer de longues et coûteuses batailles devant la justice française, voire européenne. « Nous en sommes à 800 000 euros de frais », rappelle M. Clément.

Les apiculteurs professionnels et amateurs de l’UNAF ont fait part de leur désappointement auprès de l’équipe du ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. « Ils ont eu l’air surpris, cette autorisation aurait été décidée dans leur dos », rapporte M. Lanio. Leur colère est aiguisée par l’arrivée probable d’un autre néonicotinoïde actuellement en phase d’étude : le flupyradifurone.

Selon les données collectées par l’UNAF, sur une surface agricole utile totale de 28 millions d’hectares de terres arables en France, au moins 6 millions d’hectares sont chaque année traités avec des insecticides néonics, généralement en enrobant les semences des cultures.

L’imidaclopride est parfois détectable dans les sols dix années après son utilisation

C’est à titre préventif que les agriculteurs ont recours à ces substances, pas en réaction face à des attaques de tel ou tel ravageur. Et les habitudes sont bien installées : 39 % des surfaces de céréales à paille (blé, orge) sont ainsi traitées aux néonics, 33 % des cultures de maïs, 99 % des betteraves et 100 % du colza. Or, la molécule de la clothianidine, par exemple, peut persister dans les sols plus de trois ans. L’imidaclopride, lui, est parfois détectable dans les sols dix années après son utilisation.

Les coopératives et les pesticides

Mais les agriculteurs n’ont guère le choix : il leur est devenu bien difficile de se procurer des semences qui ne soient pas enrobées de pesticides – dont ils ne connaissent pas forcément la teneur. Aujourd’hui, les coopératives auxquelles trois quarts d’entre eux adhérent, vendent 70 % des semences présentées comme de véritables « garanties tous risques » et leur dictent leur façon de procéder. « Les agriculteurs dépendent des coopératives et les coopératives dépendent des pesticides », résume-t-on à l’UNAF.

Entre nouvelles générations de pesticides, parasite et frelon asiatique, la descente aux enfers n’en finit pas pour les abeilles. Mais pour les apiculteurs européens s’ajoute une menace supplémentaire. Alors que dans le monde, le nombre de ruches évolue lentement (8 % de plus au total entre 1961 et 2013), les exportations ont, elles, grimpé de 61 % depuis 2007. Il n’est pas très difficile de trouver l’erreur : les arrivées de miel en provenance de Chine ont explosé. Une bonne part contient des sirops sucrés de riz, betteraves, maïs, difficiles à détecter.

Avec l’association de consommateurs UFC-Que choisir, l’UNAF demande de nouvelles règles d’étiquetage stipulant l’origine des miels importés.

 

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