Ce mardi 13 janvier, l’European Beekeeping Association (EBA) organisait le webinaire « Fake Honey – a Fraud Beyond Borders« , consacré au cadre règlementaire relatif à la fraude dans le miel. Revenons sur les éléments les plus marquants de cette présentation.
Comment la fraude dans le miel est-elle évaluée actuellement ?

À l’échelle de la législation européenne, il n’existe aucune définition de « fraude » dans la chaîne agroalimentaire1. Mais selon le CODEX ALIMENTARIUS (2019), la fraude alimentaire désigne toute action délibérée réalisée par une entreprise ou un particulier dans le but de tromper autrui sur l’intégrité d’un aliment ou d’obtenir un avantage non dû. La fraude alimentaire peut prendre les formes suivantes, notamment : frelatage, adultération, substitution, dilution, falsification, imitation, contrefaçon et présentation fallacieuse ou étiquetage trompeur2.
Malheureusement, le miel est un produit qui n’échappe pas à la fraude alimentaire. Cependant, il existe trop peu d’information de référence pour évaluer précisément la part de miels issus de la fraude dans les importations et les exportations au sein de l’UE.
Actuellement, une des techniques de fraude les plus courantes dans le miel est l’adultération par ajouts de sucres externes, qui consiste à incorporer des sirops de sucre dans le miel afin d’en réduire son coût3.
Face à ce constat, plusieurs actions ont été entreprises ces dernières années pour tenter d’identifier la présence de miel adultéré sur le marché européen. En 2023, la DG Santé a initié un projet visant à estimer la part de miel adultéré dans les importations au sein de l’UE. Sur les 320 échantillons de miels analysés par le JRC, 46% des échantillons étaient suspectés d’être adultérés, c’est-à-dire suspectés d’être non conformes aux dispositions générales de la Directive européenne sur le miel.


Les résultats du projet ont permis d’observer un changement dans les techniques d’adultération par les sucres : le miel est désormais adultéré par des sirops issus de riz, de blé et de betterave (à la différence des sirops conventionnels, issus de maïs ou de sucre de canne).
En 2024, des modifications ont été apportées à la Directive européenne sur le Miel. Parmi celles-ci, on retrouve désormais l’implémentation d’un niveau de traçabilité supplémentaire concernant l’étiquetage avec l’obligation d’indiquer le pourcentage des pays d’origine pour un mélange de miel provenant de plusieurs pays. Les différentes modifications apportent des perspectives positives concernant le renforcement de la traçabilité du miel et de la transparence envers le consommateur.
Retrouvez le détail de ces amendements dans notre article paru dans l’Abeilles&Cie 220. Devenez-membre dès maintenant pour y avoir accès. Pour devenir membre et consulter l’article : cliquez ici.

Lors du projet du JRC (2023), différentes méthodes ont été employées pour détecter les adultérations du miel par l’ajout de sirops de sucre. Cependant, les techniques de fraudes évoluent et davantage de méthodes harmonisées et validées doivent être développées pour préciser en continu la quantité de miels adultérés circulant sur le marché européen et augmenter la capacité de contrôle des laboratoires habilités. C’est ce que cherche à établir actuellement la nouvelle Plateforme européenne de Miel (Honey Platform) créée en 2024.
Quelles sont les techniques de fraude actuelles ?
Différentes techniques de fraude permettent aux miels suspects d’échapper aux analyses qui indiqueraient qu’ils ne sont pas conformes. Parmi celles-ci, on notera :
- L’élimination de l’HMF, d’antibiotiques ou de résidus chimiques en excès, par l’utilisation de filtres en résine.
- Le remaniement du profil biochimique du miel, par l’ajout de sirops modernes de composition en sucre similaire à celle du miel et par l’ajout artificiel d’enzymes industrielles.
- L’élimination de toutes traces indiquant l’origine botanique et géographique du miel, par la filtration et l’élimination des grains de pollens en l’absence d’exigence minimale en matière de contenu pollinique.
Plus encore, selon le Dr. Andreas Thrasyvoulou, certains laboratoires accrédités collaboreraient avec des fraudeurs en les aidant à éviter la détection et à masquer délibérément l’origine géographique en falsifiant les informations de traçabilité.
À cela s’ajoutent un système de traçabilité encore trop fragile, des règles d’étiquetages faiblement appliquées et des critères biochimiques difficiles à standardiser (contenu en pollen, HMF, enzymes) qui favorisent la circulation d’une certaine quantité de miels suspects à bas prix sur le territoire européen.
Comment la législation européenne encadre-t-elle la fraude dans le miel ?
Il existe une réelle industrie du miel dégradé et les résultats de l’étude du JRC indiquent que de nombreux pays sont impliqués dans l’exportation de miel suspectés d’être non conformes aux dispositions générales de la Directive européenne sur le miel4. Comment ces miels peuvent-ils continuer à circuler sur le territoire européen ?
Selon le Dr. Andreas Thrasyvoulou, un miel « suspect » ne signifie pas nécessairement « frauduleux » et ne peut pas entraîner un blocage à la frontière. Le terme « suspect » désigne un miel jugé non conforme (et suggérant une adultération) à l’aide de méthodes analytiques qui ne sont pas encore pleinement validées à l’échelle mondiale. Actuellement, ces méthodes ne sont pas sollicitées pour la prise de décisions réglementaires, d’où l’absence de définition juridique officielle pour qualifier une fraude dans le miel5. Ainsi, selon A. Thrasyvoulou, « toute méthode utilisée pour détecter l’adultération du miel qui n’est pas entièrement validée ne produit que des résultats (…) qui ne sont pas légalement acceptés » et qui ne peuvent suffire à bloquer l’importation de miel.
Par ailleurs, selon le règlement qui encadre les contrôles officiels des produits alimentaires qui entrent dans l’UE depuis des pays tiers, les contrôles frontaliers ont pour objectif de protéger la santé publique6. Or, le miel est classé dans la catégorie faible risque pour la santé publique, impliquant comme seule obligation la présentation d’une série de documents. Sachant qu’entre 1 à 4% des miels importés font l’objet de contrôles physiques, et tant que le miel restera dans cette catégorie, une grande quantité de miel « suspect » continuera à entrer sur le territoire européen.
Toujours selon le Dr. Andreas Thrasyvoulou, « à l’heure actuelle, il n’existe dans l’UE aucune méthode unique d’analyse du miel qui soit universellement reconnue comme entièrement validée pour toutes les formes possibles d’adultération. » C’est pourquoi la Plateforme européenne sur le Miel travaille à la mise en place d’un laboratoire de référence qui disposerait de méthodes d’analyses validées lui procurant une autorité légale en matière de contrôle des fraudes. Malheureusement, cette mise en place prend du temps…
Peut-on éliminer la fraude dans le miel complètement ?
Selon le Dr. Juraj Majtan, il est probablement impossible d’éliminer la fraude complètement. Mais plusieurs actions doivent être mises en oeuvre pour renforcer la détection des fraudes et réduire les risques liés à l’importation de miels frauduleux. Selon lui, le plus urgent est :
- De définir les types de tests obligatoires à mettre en place aux points d’importation;
- D’identifier de nouveaux marqueurs de qualité permettant de détecter l’adultération à travers des tests standards;
- D’établir des sanctions financières supérieures aux profits générés par la fraude;
- De sensibiliser les consommateurs pour qu’ils refusent le miel vendu à des prix anormalement bas.
Nous tenons sincèrement à remercier l’EBA pour l’organisation de cette présentation* qui donne des pistes de réflexion sur la fraude dans le miel. Voilà des éléments qui alimenteront certainement les prochains débats au sein des groupes de travail dédiés à cette thématique et de la Plateforme Miel, que nous suivrons bien évidemment de près !
*Webinaire enregistré et disponible en libre accès au lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=5_k__3oSlmM

