Retour sur la première Journée Scientifique et Technique de l’ITSAP (05/02/26)

      Commentaires fermés sur Retour sur la première Journée Scientifique et Technique de l’ITSAP (05/02/26)

Ce jeudi 05 février s’est tenue la première Journée Scientifique et Technique de l’ITSAP. Au programme ? Pas moins de 7 présentations concernant l’état des lieux de différents projets depuis la création de l’ITSAP il y a maintenant 15 ans ! Revenons sur les projets qui nous ont le plus marqué. 

1. L’Observatoire de résidus de pesticides et l’impact des cocktails

En place depuis 10 ans, cet observatoire intégré à l’ITSAP a pour objectif de collecter et d’analyser des données sur l’exposition des abeilles mellifères aux produits phytosanitaires. Ainsi, un réseau d’acteurs est donc chargé de mettre en place des protocoles expérimentaux, de récolter et d’interpréter les résultats pour les communiquer auprès de publics cibles notamment les apiculteurs et les agriculteurs. 

« 10 ans d’observatoire des résidus de pesticides : l’impact des cocktails » par Cyril Vidau (ITSAP)

Ces travaux ont permis de mettre en évidence des résultats interpellants concernant la contamination par les pesticides des pollens (1660 échantillons) et des cires (421 échantillons) et la présence d’éventuels effets cocktails. 

→ Pas moins de 69% des échantillons de pollens sont contaminés : 

  • 134 substances différentes ont été détectées, la moitié appartiennent à la classe des fongicides et les insecticides constituent la seconde classe la plus retrouvée parmi ces substances.
  • Des relations palyno-toxicologiques ont pu être mise en évidence de sorte que les pollens de colza semblent contaminés par des fongicides et les pollens de fruitiers par des fongicides et des insecticides. 

→ Pas moins de 95% des échantillons de cire sont contaminés :

  • 84 substances différentes ont été détectées, la moitié appartiennent à la classe des insecticides et les fongicides constituent la seconde classe la plus retrouvée parmi ces substances.
  • Des traces de paraffine sont détectées dans 51% des échantillons.
  • Les cires issues du commerce présentent un facteur de risque de contamination significativement plus élevé.

→ De nombreux cocktails de pesticides (mélange de 2 à 19 substances différentes) ont été détectés :

  • 769 cocktails différents dans les échantillons de pollen
  • 241 cocktails différents dans les échantillons de cire

Les données issues de l’observatoire concernent un périmètre d’étude restreint. Quelle est l’étendue de la contamination de ces matrices à travers le territoire français ? Quels sont les impacts de ces contaminations et des effets cocktails sur la santé des abeilles ? Quelles sont les pratiques à l’origine de ces contaminations ? 

Voilà des questions auxquelles l’observatoire tente de répondre en poursuivant ses travaux. Ceux-ci permettent de développer des règles d’usages et des solutions alternatives adaptées auprès des apiculteurs et agriculteurs pour réduire les risques de contamination auxquels sont exposés les abeilles mellifères. 

2. Moderniser la ruche face aux nouveaux enjeux

Cette présentation a suscité l’intrigue dès les premières interventions de son orateur. La ruche étant un outil dont l’architecture est particulièrement stable et acquise depuis des dizaines d’années, est-il possible de sortir de notre schéma habituel et d’envisager de nouvelles configurations alliant productivité, adaptabilité au climat et confort de travail ? Différents concepts sont en cours d’étude pour répondre à cette question. 

« Moderniser la ruche face aux nouveaux enjeux » par Saad Sebti (ITSAP)

→ Concept 1 – La ruche coulissante
Ce concept repose sur une hausse adaptable bénéficiant d’un système de rails asymétriques. En période de miellée, la hausse s’empile sur le corps comme une hausse conventionnelle. En période hivernale, la hausse peut s’emboîter ‘à l’envers’ sur le corps de ruche, créant une isolation supplémentaire. 

S’il a l’avantage de repenser l’isolation de la ruche et de réduire le besoin en stockage de matériel, ce concept ne limite pas la main d’œuvre et le temps de travail lié aux transferts de cadres. Une autre incertitude réside aussi dans l’aspect coulissant, remis en question en présence de propolis. 

→ Concept 2 – La ruche sablier
Avec ce concept, le même élément peut servir de corps ou de hausse. En période de miellée, la hausse peut contenir jusqu’à 13 cadres (au lieu de 10), de forme conventionnelle ou trapézoidale. En hiver, l’empilement d’un élément sur le corps crée une isolation supplémentaire.  

Ce modèle permettrait de récolter 63% de volume de miel supplémentaire comparé à un modèle standard. La forme trapézoidale permettrait aussi de rendre un élément unique plus léger. Cependant, l’empilement de deux éléments peut s’avérer plus lourd à manipuler et le choix des matériaux pour arriver à ce modèle doit être repensé. La gestion de l’espace et le développement de la grappe dans un tel élément doivent également être investigués. 

→ Concept 3 – La ruche textile
Pensé pour allier réduction de poids et augmentation de rigidité, ce concept de ruche repose sur une masse structurelle minimaliste (ossature métallique) et des parois en tissus. 

Il serait ainsi possible d’adapter le tissu aux conditions climatiques (avec des tissus composites adaptés à la neige, aux intempéries, à l’ensoleillement). Mais les tissus sont caractérisés par une durabilité naturellement plus faible que des matériaux comme le bois et la rigidité de l’assemblage métallique face à des conditions climatiques plus complexes doit également être testée.  

D’autres concepts sont aussi en cours d’étude et seront testés sur le terrain pour évaluer leurs intérêts et leurs potentiels pour l’apiculture. Il est également prévu d’évaluer l’usage de matériaux recyclés, recyclables et biodégradables mais aussi de procéder à une stimulation thermique par parois multicouches.

3. Sélection génétique : une recherche avec les apiculteurs 

Depuis quelques années, l’ITSAP, en collaboration avec l’INRAE, encadre les apiculteurs dans le processus de sélection des reines. Ainsi, plusieurs collectifs de sélection sont répartis à travers le territoire.

« Sélection génétique : une recherche avec les apiculteurs » par Damien Decante (ITSAP)
et Benjamin Basso (INRAE)

Pour assurer une prise en charge effective des éleveurs au sein de ces collectifs, une méthodologie a été mise en place.

→ Etape 1 – Définir les objectifs de sélection et les critères de sélection associés à ces objectifs

→ Etape 2 – Mesurer les performances
Celles-ci se traduisent par la description et l’appropriation des méthodes de phénotypages existantes sur le territoire français ainsi que la sélection de certains comportements (par ex. : comportement hygiénique). Les méthodes innovantes sont ensuite mises en place à large échelle et les retours d’expériences qui en découlent permettent d’accompagner les collectifs de sélection.

→ Etape 3 – Estimer les valeurs génétiques
Ces valeurs permettent d’adapter les méthodologies de sélection à l’abeille mises en place dans les collectifs afin d’optimiser les schémas de sélection.

→ Etape 4 – Compréhension générale de la diversité génomique
Plusieurs outils ont été développés pour comprendre la diversité génétique des abeilles utilisées en France ainsi que dans d’autres pays européens.

L’accumulation des connaissances à ce niveau a permis d’évaluer l’ampleur de l’érosion de la diversité génétique dans les élevages apicoles et de mener des actions correctives afin d’en diminuer l’impact, notamment par une prise de conscience généralisée et une adaptation des pratiques de sélection.

→ Etape 5 – Fonctionnement des collectifs de sélection
Au sein des collectifs, les objectifs de sélection sont d’abord formalisés avant d’être concrétisés par des projets hiérarchisés et arbitrés.

Le projet d’accompagnement des collectifs de sélection par l’ITSAP revêt donc une dimension à multiples facettes passant de la description des phénotypages actuels à l’optimisation des plans de sélection collectifs et le développement d’outils génomiques. L’encadrement de la sélection de reines s’appuie sur un accompagnement personnalisé ainsi que sur une multitude d’outils destinés aux collectifs de sélection, acteurs clés de la structuration de la filière de production de reines.

4. Protéger les pollinisateurs, protéger les cultures : le dilemme en pommiculture

Cette présentation synthétise les récents résultats d’une thèse de recherche réalisée à l’ITSAP. Pendant deux ans (2023-2023), différentes expériences ont été menées afin de préciser les bénéfices des bandes fleuries en bordure de vergers tant pour la productivité des arbres fruitiers que pour la santé des pollinisateurs dont les abeilles mellifères. 

« Protéger les pollinisateurs, protéger les cultures : le dilemme en pommiculture » par Orianne Rollin
et Fabrice Allier (ITSAP)

Parmi les nombreux résultats, on observe notamment que :

  • L’abeille Apis mellifera est l’insecte le plus observé dans les bandes fleuries et représente en moyenne 77% des visites. Les fleurs sont également visitées par les coléoptères, les mouches, les bourdons et les abeilles sauvages.
  • Une grande diversité de pesticides a été détectée dans les vergers. L’analyse d’échantillons de fleurs a permis d’identifier 18 molécules issus de pesticides. Les couverts fleuris sont quant à eux significativement moins contaminés que les vergers.
  • Les pollens d’A. mellifera sont davantage contaminés par des pesticides en 2024 comparativementé aux pollens récoltés en 2023. Par ailleurs, lors des deux années d’étude, la contamination des pollens diminue, bien que marginalement, lorsque la proportion de bandes fleuries augmente. 

L’ensemble des résultats de la thèse mettent en lumière les potentiels intérêts des couverts fleuris : ils constituent un lieu plutôt favorable au développement des pollinisateurs dont la présence au sein des vergers peut entraîner une hausse de productivité. Ces résultats rejoignent ceux de nombreuses autres études qui ont également démontré une amélioration du taux de nouaison, du nombre de graines et de la forme du fruit grâce à la pollinisation entomophile. 

Est-ce que les couverts fleuris peuvent servir à allier protection des pollinisateurs et augmentation de la productivité agricole ? Très probablement, mais les recherches devront se poursuivre pour accumuler davantage de résultats sur les réels avantages des couverts fleuris. 

Ces résultats nous rappellent aussi que la recherche scientifique génère des résultats concrets. Ceux-ci constituent une base solide sur laquelle s’appuyer pour défendre et promouvoir l’implantation de mesures bénéfiques tant pour les abeilles mellifères que les autres pollinisateurs et ce, en agriculture comme en apiculture !


Toutes les présentations de cette Journée ont été enregistrées et seront disponibles prochainement sur les réseaux de l’ITSAP.

Retour sur la première Journée Scientifique et Technique de l’ITSAP (05/02/26)