Frelons envahissants : l’EBA appelle à agir maintenant (1/2)

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Frelons envahissants : l’EBA appelle à agir maintenant (1/2)

L’EBA (European Beekeeping Association) a organisé un webinaire le 11 février 2026 concernant l’état des lieux de la dispersion de deux frelons envahissants : Vespa velutina et Vespa orientalis.


Vespa velutina

un défi sanitaire pour les apiculteurs et au-delà

Le rôle de prédateur qu’exerce Vespa velutina nigrithorax (ou frelon à pattes jaunes) sur les colonies d’abeilles mellifères est désormais bien connu. Son régime alimentaire diversifié en fait une menace pour l’apiculture mais aussi pour d’autres secteurs d’activités…

  1. Répartition géographique

Le frelon Vespa velutina nigrithorax est originaire du Sud de l’Asie, plus particulièrement de Chine et d’Inde. Il a été détecté en Corée en 2003 et en France en 2004. Depuis, son territoire ne fait que s’étendre en Europe, comme l’illustre la carte ci-dessous qui présente l’expansion de cette espèce de 2003 jusqu’en 2026.

En Belgique, un individu (mâle) était recensé en 2011. L’espèce a finit par s’établir quelques années plus tard en 2016.

Source : Conférence EBA

La taille d’un frelon V. velutina nigrithorax varie généralement entre 2 et 3 cm et présente une coloration variable selon la partie du corps : la tête présente un visage orange, le thorax est noir (d’où leur nom latin « nigrithorax ») et l’abdomen présente une couleur orange au 4ème segment. Les bouts des pattes sont jaunes, d’où ils tirent leur appellation de « frelons à pattes jaunes » .

Source : Conférence EBA

Ainsi, les pattes jaunes, le thorax noir et le segment orange sont les 3 points clés pour l’identifier et le différencier des autres espèces de frelons.

Source : Conférence EBA ; diaporama légèrement modifiée (ajout des noms)

V. velutina nigrithorax se nourrit essentiellement d’insectes dont les abeilles mellifères. Bien que son impact sur les populations d’insectes sauvages soit difficile à mesurer, il représente une menace majeure pour l’apiculture et la biodiversité.

Selon le Dr. Feàs, il est primordial de pouvoir distinguer le frelon européen du frelon à pattes jaunes afin d’éviter de piéger des insectes par erreur. Dans cette perspective, la figure ci-dessous présente les différences morphologiques entre les castes de frelons européens uniquement. De gauche à droite, on observe :

  • une reine fondatrice (foncée et usée par l’activité reproductive),
  • une future reine (destinée à hiberner et à fonder une colonie l’année suivante),
  • une ouvrière
  • et un mâle (reconnaissable grâce à ses longues antennes et à l’absence de dard).

Source : EBA Conférence ; capture d’écran d’une partie du diaporama

Il existe également des différences morphologiques entre les castes du frelon à pattes jaunes. Pour reconnaître un mâle Vespa velutina, il existe deux caractères morphologiques à observer : ses antennes crénelées ainsi qu’un manque de dard au bout de son abdomen, tout comme pour le frelon européen.

Image à gauche : Monceau et al., 2014
Image à droite : Rome, 2021

Au-delà des différences entre les castes d’une espèce à l’autre, les nids de frelons européens sont également différents des nids de frelons à pattes jaunes :

Un nid de frelons européens présente une ouverture sur le bas du nid. Ainsi, un observateur extérieur peut visualiser l’architecture vue d’en-bas tandis qu’un nid de frelons asiatiques sera fermé avec une ouverture sur le côté.

Source : Conférence EBA ; capture d’écran d’une partie du diaporama

Toujours selon le Dr. Feàs, cette espèce invasive représente également une menace pour d’autres secteurs (sylviculture et arboriculture fruitière) ainsi que pour la santé humaine.

En effet, les nids de V. velutina sont localisés dans des endroits variés et sont particulièrement bien camouflés, surtout en milieu urbain ou péri-urbain (proche des activités humaines). Et bien que les frelons à pattes jaunes ne soient pas particulièrement prédisposés à attaquer les humains, ils réagissent néanmoins collectivement et de manière agressive lorsqu’ils perçoivent une menace pour leur nid. Ainsi, la proximité des nids de Vespa velutina avec les activités humaines représentent un risque sanitaire et leur capacité à s’installer dans diverses situations souligne la grande variété de scénarios possibles et l’imprévisibilité des contacts avec l’espèce envahissante.

Par ailleurs, la localisation des nids du frelon à pattes jaunes représente un défi de taille pour les services d’urgence et de lutte. La variabilité des endroits où ils peuvent être retrouvés complique le processus de recherche et d’élimination, nécessitant d’être en hauteur ou dans des conditions difficiles d’accès (ce qui augmente les risques pour les travailleurs). Dans tous les cas, ces interventions nécessitent un protocole rigoureux afin de minimiser les risques de piqûres. Toutefois, l’imprévisibilité de l’emplacement de ces nids suscite l’inquiétude du public et donne lieu à de nombreux signalements.

Exemple : À Saint-Jacques-de-Compostelle, le nombre de nids détruits est passé de 3 en 2015 à 971 en 2017. Ces chiffres soulignent l’urgence de mettre en place des plans d’actions spécifiques pour les villes impactées par la présence du frelon à pattes jaunes.

De plus, certains pays comme le Portugal observent une augmentation des incidents graves liés à V. velutina nigrithorax, dont notamment des réactions allergiques sévères, voire des décès. Le venin du frelon à pattes jaunes présente des caractéristiques différentes par rapport à celui d’autres hyménoptères : une étude récente a d’ailleurs révélé des différences significatives dans la composition en protéines du venin, ainsi qu’une expression différentielle d’allergènes qui pourrait expliquer la forte capacité allergène du venin de frelon à pattes jaunes et les risques associés.

2. Que faire face à ce constat ?

Afin de limiter l’expansion de cette espèce, le Dr. Feàs estime que la fenêtre d’action la plus importante est le printemps. En effet, c’est au printemps que les reines du frelons à pattes jaunes sortent d’hibernation et se déplacent dans l’environnement. Elles commencent les fondations de leurs nouveaux nids, souvent discrets et bien camouflés.

À cette période, le piégeage des fondatrices est la méthode qui limite le plus l’expansion de cette espèce invasive. Le piégeage de printemps des fondatrices est une action clé qui doit impérativement être réalisée à l’aide de pièges sélectifs, conçus pour limiter au maximum la capture d’insectes non ciblés. Un piégeage non sélectif aggraverait la situation en affaiblissant les populations d’insectes indigènes déjà fragilisées, et perturberait davantage notre écosystème.

Source : Conférence EBA

L’installation des pièges sélectifs et leur suivi régulier ainsi que le signalement des nids auprès des autorités compétentes est nécessaire.


Cette conférence est libre d’accès pour être visionnée (en anglais) en cliquant sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=_voH_DjYq9s&t=313s