Ce 15 avril 2026, l’ONG Pollinis, a publié une mise en garde contre l’utilisation d’un nouveau type de pesticide sur les champs de pommes de terre belges.

« Le Calantha, un pesticide génétique ARNi aux effets encore mal connus, vient d’obtenir un passe droit inquiétant : une dérogation octroyée par la Belgique, lui permettant d’être utilisé pendant quatre mois directement sur les cultures de pommes de terre. Le pesticide sera disponible dès le 1er mai dans le pays, alors que sa substance active n’est pas autorisée au niveau européen, faute d’évaluation des risques complète. » – Pollinis, 2026 ➡️ Voir l’article
Pourquoi cette inquiétude ? Qu’en est-il de ce nouveau pesticide?
Quel est son mode d’action?
Et, surtout, quel impact peut-il avoir sur l’environnement?

« Calantha » est le nom commercial d’un produit à base de Ledprona, une substance active insecticide homologuée par l’Agence américaine de Protection de l’Environnement (EPA) pour lutter contre le doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata). Il s’agit du premier insecticide utilisant un ARN interférent (ARNi) ET pouvant être pulvérisé sur les champs, autorisé à la commercialisation aux États-Unis.
Cet insecticide est toujours en cours de procédure d’autorisation à l’échelle européenne : le manque d’études de risques complètes liées à ce nouveau mode d’action freine le processus d’autorisation. Cependant, les autorités sanitaires belges ont tout de même octroyé une autorisation temporaire à son utilisation sur les champs de pommes de terre sur le territoire belge, durant une période déterminée (1er mai au 23 août 2026). ➡️ L’annonce est disponible sur phytoweb et le site de la commission européenne.
Tout d’abord, qu’est-ce que l’interférence ARN (ARNi) ?
L’ARNi est un mécanisme cellulaire « d’extinction de l’expression d’un gène par inhibition du processus post-transcriptionnel« . En d’autres termes, le processus ARNi empêche l’expression d’un gène cible en inhibant la traduction de l’ARN en protéine (Figure 1).

(A) : un ARN double-brin (ARN(db)) d’un corps étranger est introduit dans une cellule hôte.
(B) : au sein de la cellule, une enzyme repère l’ARN(db) étranger et le coupe en petits fragments appelés « si-ARN ».
(C) les fragment siARN sont incorporés dans un complexe protéique produisant un ARNm cible complémentaire, qui est ensuite clivé et dégradé. Ce processus empêche le phénomène de traduction de l’ARNm, soit la production de la protéine cible.
Sources :
Bogard. (2003). Revue générale d’analyse prospective ARN Interférence.
Immuno-analyse & Biologie Spécialisée (2004), 23‑30. Consulté le 21 avril 2026,
https://doi.org/10.1016/j.immbio.2003.12.003
Institut de France ; Académie des sciences, & Le Douarin, N. M. (2005).
Séance solennelle de remise des prix le 15 novembre 2005. Consulté le 21 avril 2026,
à l’adresse https://www.academie-sciences.fr/pdf/membre/S151105_ledouarin.pdf
Ce mécanisme naturel, qui a pour objectif initial de protéger son hôte contre le matériel génétique d’un agent pathogène intrusif, a donc été étudié pour induire des modifications génétiques ciblées notamment dans des stratégies thérapeutiques contre certaines maladies humaines. Mais plus récemment, le potentiel de ce mécanisme a été étudié pour produire des pesticides qui induisent des modifications génétiques délétères chez certains ravageurs de cultures, comme le doryphore de la pomme de terre.
Comment fonctionne le produit Calantha à base de Ledprona (basé sur l’ARNi) ?
Lorsque le produit Calantha est pulvérisé, la substance Ledprona agit en exploitant le mécanisme ARNi et empêche l’expression de la protéine PMSB5, impliquée dans la dégradation des déchets métaboliques. Dans ce cas, les déchets métaboliques s’accumulent dans l’organisme du doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata) et provoquent la mort de l’insecte.
Quel est le risque pour les autres insectes ?
Selon le Département de l’Agriculture du Minnesota : « Aucun effet notable de « Ledprona » sur les abeilles domestiques n’est attendu en raison de sa spécificité pour les coléoptères. Toutefois, des impacts négatifs sur les pollinisateurs coléoptères potentiels pourraient survenir dans un champ traité. Les faibles doses d’application et la dégradation rapide de la substance active limitent l’impact de la dérive de Ledprona, réduisant ainsi le contact avec les organismes non ciblés. » ➡️ Consulter le dossier complet du Département de l’Agriculture du Minnesota (en anglais)
Dans ce dossier, la dose létale médiane (DL50) de l’abeille mellifère, qui correspond à la quantité d’une substance qui provoque la mort de 50 % des abeilles testées s’élève à :
- > 24,3 µg/abeille en cas de contact aigu ;
- > 47,2 µg /abeille cas de contact par voie orale chronique.
À titre de comparaison, la DL50 de l’acétamipride est de 7,1 microgrammes par abeille.
Cependant, selon POLLINIS, les tests réalisés pour déterminer ces valeurs auraient été effectués uniquement sur le stade larvaire de l’abeille et ne considèreraient donc pas les effets à différents stades de l’abeille. ➡️ Accès au plaidoyer de POLLINIS à l’EFSA (en date du 17/10/2025).
Même si le manque d’étude sur les interactions génétiques avec des organismes non-cibles ainsi que le manque d’évaluation des risques de l’utilisation de ce composé restent actuellement des freins à sa commercialisation à grande échelle, l’ONG POLLINIS alerte sur les risques encore méconnus de ce produit pour l’entomofaune et sensibilise sur les dérives possibles d’une telle méthode encore à l’étude. Voilà donc un nouveau dossier que nous suivons également de près…
