Frelons envahissants : l’EBA appelle à agir maintenant (2/2)

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Frelons envahissants : l’EBA appelle à agir maintenant (2/2)

L’EBA (European Beekeeping Association) a organisé un webinaire le 11 février 2026 concernant l’état des lieux de la dispersion de deux frelons envahissants : Vespa velutina et Vespa orientalis.


Vespa orientalis

expansion et menace émergentes

Selon les dernières données récoltées, le frelon oriental se rapproche du centre de l’Europe. Selon le Dr. Alexandros Papachristoforou, le territoire du frelon oriental était cantonné au Nord de l’Afrique et dans les pays du Proche-Orient il y a 20 ans. Il est donc naturellement adapté aux conditions climatiques chaudes et sèches. Mais le changement climatique tend à favoriser la récurrence de ces conditions et l’expansion du frelon oriental dans nos régions, représentant une réelle menace pour les abeilles en Europe.

1. Répartition géographique

Source : Conférence EBA

La carte présentée ci-dessus illustre la dispersion du frelon oriental en 2024. À cette période, le frelon était déjà installé en Grèce, en Italie et dans le sud de l’Espagne. Selon le Dr Papachristoforou, cette espèce aurait parcouru plus de 1000 kilomètres en 20 ans ! Récemment, un premier nid de Vespa orientalis a également été signalé en Slovénie. Si l’installation de Vespa velutina suscite de nombreuses craintes, celle de Vespa orientalis semble bien plus rapide…

2. Caractéristiques du frelon oriental

« Connaître son ennemi : Vespa orientalis » – Source : Conférence EBA

Lors de ses recherches, le Dr. Papachristoforou a pu observer des individus présentant un poids de 1 gramme (contre 80-110 mg1 pour une abeille, soit dix fois moins que le frelon). De taille et de poids conséquent, cette espèce de frelon présente une cuticule dure constituée de plus de 40 couches. Par conséquent, un dard d’abeille ne peut pas traverser cette structure. Il présente également des mandibules robustes qui lui permettent de « découper » une abeille en mouvement. Son abdomen présente deux bandes jaunes clair tandis que le reste de son corps est d’une couleur rouge-brune.

Étonnamment, cette espèce n’a pas besoin de grandes quantités de ressources pour survivre. Il semble puiser de l’énergie grâce au soleil2 en transformant les radiations UV du soleil en énergie, lui permettant de voler ou d’établir son nid.

Le nid de Vespa orientalis présente la même structure que les nids des autres espèces de frelons : il est constitué de nombreux étages horizontaux pouvant abriter beaucoup de cellules. Un nid de frelon oriental peut produire entre 200 et 300 fondatrices (en moyenne) de sorte que 10 à 20% de ces fondatrices survivront et fabriqueront un nouveau nid lors de la saison suivante. Par conséquent, lorsqu’un ou plusieurs nid(s) sont retrouvés dans une région, cela signifie que plusieurs fondatrices seront capables de s’établir l’année suivante.

Vers la fin de l’été/début de l’automne, les ouvrières élaborent des cellules plus larges pour accueillir l’élevage des mâles qui féconderont les futures fondatrices.

Source : Conférence EBA

La figure ci-avant présente la morphologie des 3 castes du frelon oriental (de la gauche vers la droite : fondatrice ; ouvrière ; mâle). Les 3 castes de cette espèce sont faciles à distinguer :

  • La fondatrice est plus grande ;
  • Les ouvrières sont reconnaissables par la forme conique de leurs abdomens qui possèdent un dard ;
  • Les mâles présentent une structure plus courbée à l’extrémité de l’abdomen ainsi que des antennes plus grandes au niveau de la tête.

Le régime alimentaire du frelon oriental est de type omnivore. Il recherche :

  • principalement des glucides pour se nourrir en tant qu’adulte (des fruits, du miel, etc…) ;
  • principalement des protéines pour élever ses propres larves, telles que les larves d’insectes dont abeilles mellifères, mais aussi des animaux morts ou encore du pollen.

3. Interactions entre les abeilles mellifères et Vespa orientalis

Le Dr. Papachristoforou a étudié la réaction des abeilles mellifères en présence du frelon oriental. Pour ce faire, il a tenté de caractériser le comportement de colonies d’abeilles dans des régions où elles cohabitent avec le frelon oriental depuis très longtemps. Par exemple, dans la région de Chypre, les abeilles ont développé des comportements de défense sophistiqués : elles adaptent leur activité de vol à l’activité des frelons V. orientalis. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les abeilles mellifères déplacent leur moment vol à 16-17 heures (1 heure avant le coucher du soleil), soit le moment où le frelon retourne à son nid. Si ce phénomène permet de limiter l’exposition des abeilles aux frelons, l’adaptation du vol réduit drastiquement leur période d’activité : les abeilles ne butinent que pendant une période courte (entre 30 minutes et 2 heures).

« Lorsque V. orientalis attaque A. mellifera à Chypre » – Source : Conférence EBA

Au-delà de l’adaptation de la période de vol, d’autres comportements sont observés lorsque le frelon oriental s’approche de la planche d’envol:

  • Soit les abeilles rentrent dans la colonie et évitent le contact ;
  • Soit les abeilles attaquent le frelon.

Celles qui présentent le comportement de restriction de contact avec le prédateur fabriquent un mur de propolis à leur entrée de la ruche, en laissant quelques trous pour laisser passer les butineuses. Ce mur facilite également la capacité de défense de colonie en cas d’intrusion du frelon.

« Mur de propolis » – Source : Conférence EBA

Les abeilles qui attaquent directement le frelon présentent des comportements d’attaque différents selon les colonies : certaines réalisent une balle autour du frelon (formée de 100 à 200 ouvrières) pour empêcher le mouvement de son abdomen et l’étouffer (technique dite de « balle d’asphyxie« ). D’autres colonies réagissent en émettant une sorte de sifflement, probablement un signal d’alerte unique déclenché en cas d’approche du frelon oriental.

« Comportement de la balle d’asphyxie » – Source : Conférence EBA

Malgré ces mécanismes existants, selon le Dr. Papachristoforou, la prédation exercée par le frelon oriental sur les abeilles mellifères en Europe risque d’être très importante : les abeilles qui n’ont jamais été en contact avec ce dernier ne se sont pas encore adaptées à sa présence et à la prédation qu’il peut réaliser. Par ailleurs, les abeilles de nos régions n’ont même pas encore développé de tels comportements de défense face à Vespa velutina.

4. Que faire en tant qu’apiculteur ?

Selon le Dr. Papachristoforou, il est primordial de contrôler la dispersion de ce prédateur par le piégeage, l’élimination des fondatrices et la neutralisation des nids.

Concernant le piégeage, il existe une grande diversité de pièges commercialisés à cet effet dont les pièges à appâts (principalement à base de poisson, viande crue, nourriture pour chats, jus de fruit, bière, miel dilué ou encore sucre candy). Seul problème : la composition de l’appât doit être adapté au stade du frelon asiatique, indépendamment de la saison, celui-ci recherchant plutôt des protéines aux premiers stades de sa vie et des glucides une fois adulte mature. Par ailleurs, l’utilisation unique de miel dilué tend à réduire la sélectivité du piège et augmenter les effets néfastes sur l’entomofaune locale.

Des recherches récentes ont révélé l’efficacité d’un piège en particulier : l’Apiburg/Apishield trap. Ce piège se place en-dessous du corps de la ruche comme un plancher. Les frelons attirés par l’odeur de la colonie qui diffuse par le bas de la ruche entrent dans le piège et n’arrivent plus à en sortir. Ce piège semble très efficace contre les fondatrices : un grand nombre de fondatrices ont pu être capturées vers la fin d’octobre voire début novembre lors de tests réalisés en France et en Grèce. Cependant, des études complémentaires doivent être réalisées pour évaluer le stress généré auprès de la colonie par la proximité des frelons qui entrent dans le piège.

« Le piège Apiburg/Apishield » – Source : Conférence EBA

Par ailleurs, selon une étude réalisée en 2024 auprès de colonies prédatées par des frelons V. orientalis, 65% des frelons récoltés présentaient au moins 1 pathogène et la moitié des populations de frelons contenaient des spores de Nosema ou des vecteurs de virus comme le Varroa. Il s’agit là d’un inquiétant indicateur sanitaire.

Selon le Dr. Papachristoforou, la lutte contre V. orientalis devrait se concentrer sur le contrôle et la limite des impacts générés sur les colonies. Pour ce faire, les apiculteurs ont besoin d’outils : la détection et la neutralisation des nids semblent les pistes à privilégier. Le Dr. Papachristoforou recommande également l’usage des technologies GPS. Des recherches sont actuellement en cours pour développer des puces micro-GPS suffisamment légères pour équiper et pister les frelons Vespa orientalis.


Cette conférence est libre d’accès pour être visionnée (en anglais) en cliquant sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=_voH_DjYq9s&t=313s