Ce samedi 17 janvier, le CARI et Arista Bee Research Belgium étaient présents à la journée technique de la Fédération Nationale des Organisations Sanitaires Apicoles Départementales (FNOSAD). Lors de cette journée, plusieurs conférences ont été présentées et abordaient un panel de sujets variés. Les conférences étaient principalement centrées sur l’aspect sanitaire en apiculture.
Le CARI et ARISTA ont suivi cet évènement riche en informations et vous présentent une série d’articles qui reprennent les éléments clés ressortant de cette journée.
Cet article reprend un synthèse des conférences de plusieurs intervenants concernant l’état des lieux de la dispersion et des méthodes de lutte contre les acariens Tropilaelaps et Varroa destructor.
« Tropilaelaps, une menace à bien connaitre »
-Dr. vétérinaire Cédric Sourdeau
Appartenant à la famille des Laelipidae, l’acarien Tropilaelaps est incapable de se nourrir à partir d’une abeille adulte. Il est bien plus dépendant du couvain et se développe deux fois plus vite que le varroa. Une colonie infectée par Tropilaelaps peut atteindre rapidement un taux de 50% de mortalité et peut s’effondrer au bout de 2 à 3 mois.
Biologie
Ce parasite de forme ovale allongée présente une couleur rouge à brun. Il est caractérisé par une taille inférieure à celle du Varroa et par une grande vitesse de déplacement sur les cadres. Cependant, des incertitudes demeurent concernant la biologie de ce ravageur, qui, en théorie, ne peut survivre à l’hiver.
Le Tropilaelaps a commencé son expansion à travers le monde depuis l’Asie vers les régions froides, dont la Russie et la Géorgie. À l’heure actuelle, il n’a pas encore atteint les territoires de l’Union Européenne mais il convient de se montrer vigilant et de maintenir une attention particulière pour éviter son expansion, notamment à travers les échanges commerciaux.
Par ailleurs, on privilégie désormais l’éradication des foyers de Tropilaelaps (la perte des colonies étant indemnisée), plutôt que les traitements : en effet, les produits utilisés dans la lutte contre Varroa n’ont qu’une efficacité limitée sur le Tropilaelaps, celui-ci passant moins de temps en phase de phorésie.
Transmission
La dispersion du Tropilaelaps au sein d’un rucher s’opère par différents canaux :
- Pratiques de l’apiculteur ;
- Transhumance de ruches ;
- Achats de colonies et de reines ;
- Essaimage.
Pour éviter toute introduction du Tropilaelaps au sein d’un rucher, il est primordial de respecter les règles établies non seulement pour les mouvements (transhumance) mais aussi et surtout pour l’achat de colonies et de reines, en particulier si celles-ci proviennent de pays tiers.
Pour rappel, un certificat sanitaire est obligatoire pour importer ou exporter une reine, des bourdons ou des colonies (Plus d’infos via ce lien). Les populations dites « à risque » (frontalières, à proximité des ports et des aéroports…) sont plus surveillées, mais chaque apiculteur doit rester vigilant et avertir les autorités sanitaires lorsqu’il a le moindre doute sur la présence de Tropilaelaps dans son cheptel.
Toute contamination d’une colonie doit être obligatoirement déclarée auprès des autorités sanitaires compétentes.
Si vous désirez obtenir plus d’informations sur le Tropilaelaps, un état des lieux a été publié dans le numéro 225 d’Abeilles&Cie et une nouvelle fiche sanitaire a été rédigée par le laboratoire européen ANSES : Accès à la fiche
« Lutte contre le varroa : performances des médicaments, alternatives »
-Dr. en biologie moléculaire Mickaël Throude, Dr. vétérinaire Florentine Giraud
et Louis Pister, président de la FNOSAD.
La FNOSAD a récemment publié les résultats d’une étude réalisée sur la performance des traitements contre le varroa. Lors de cette étude initiée en 2007, différents médicaments ont été testés selon un protocole défini sur 3777 colonies, réparties sur 6 départements.
Résultats pour l’année 2024
En 2024, l’efficacité de 4 traitements a été étudiée à partir de 179 ruches. L’efficacité de chaque traitement est estimée à l’aide d’un pourcentage d’efficacité, le seuil d’efficacité requis étant fixé à 95% pour une gestion optimale de la varroase sur sa colonie. Les résultats des 4 traitements ont été les suivants :
- Apitraz (à base d’amitraz) : dont les résultats montrent des pourcentages d’efficacité variables ;
- Apivar : 28% des colonies testées ont atteint le seuil d’efficacité situé à 95% ;
- Bayvarol : 18% des ruches traitées ont franchi le seuil d’efficacité situé à 95% ;
- Varroxal (à base d’acide oxalique) : dont les résultats montrent des pourcentages d’efficacité discutables, et ce même en ayant procédé à un encagement de la reine.
De cette façon, les quatre traitements étudiés en 2024 ont montré une baisse d’efficacité par rapport aux traitements réalisées les années précédentes. De plus, aucun traitement n’atteint le seuil requis pour une lutte efficace contre le varroa.
L’ensemble des résultats de l’étude sont disponibles sur le site de la FNOSAD : cliquez ici !
Sur base de ces résultats, des experts ont établi différents conseils pour augmenter l’efficacité du traitement d’été.
- Surveiller le niveau d’infestation
- Veiller à obtenir une pression parasitaire basse en permanence.
- Contrôler le taux d’infestation, surtout à la sortie de l’hiver, celui-ci détermine le nombre de varroas qui débuteront l’infestation dès la reprise du couvain au printemps. Cela souligne donc l’importance d’une bonne gestion apicole permettant la production de suffisamment d’abeilles d’hiver et d’un éventuel traitement hivernal de rattrapage si nécessaire.
- Induire une période sans couvain
- Via retrait du couvain, griffage du couvain operculé, orphelinage ou encagement de la reine.
- Traiter le plus tôt possible
- Privilégier les traitements à effet rapide (au plus l’exposition à un médicament sera longue, au plus les résistances au produit augmenteront avec le temps)
- Respecter les dosages recommandés selon le produit de traitement.
- Eviter l’utilisation de plusieurs médicaments différents en même temps, qui pourraient stresse la colonie.
- Lorsque c’est possible, alterner les types de traitements au sein des colonies traitées afin de limiter l’apparition de résistances aux produits acaricides chez varroa, celles-ci pouvant altérer l’efficacité des traitements sur le long terme.

Actuellement, aucune méthode ne s’est révélée 100% efficace à elle seule. On recommande désormais de combiner différents techniques de lutte contre le varroa pour augmenter l’efficacité de la stratégie de lutte mise en place par l’apiculteur (sélection génétique, méthodes biotechniques et utilisation de médicaments).
Focus sur l’encagement de la reine
Les colonies ont des dispositions naturelles à provoquer un arrêt de ponte, comme lors de l’essaimage. Un arrêt de ponte peut également être induit par les pratiques de l’apiculteur, notamment par encagement de la reine.
Pour encager une reine, l’apiculteur doit vérifier plusieurs conditions au préalable, à savoir :
- Disposer d’une colonie forte et en bonne santé ;
- Pratiquer l’encagement de préférence sur des jeunes reines ;
- Utiliser une grille à reine entre le corps de ruche et la première hausse (à adapter selon le type de ruche) ;
- Marquer les reines au préalable pour faciliter les manipulations ;
- Vérifier que la cage utilise permet aux ouvrières de circuler facilement.
Ainsi, 24 jours après avoir encagé la reine, seuls les varroas phorétiques survivent et seront la cible des traitements réalisés. La reprise de la ponte de la reine peut reprendre rapidement une fois l’encagement terminé.
Une étude de 2023, présentée par Martin Gabel et son équipe de l’institut de recherche allemand de Kirchain, a démontré les effets bénéfiques à court et long termes de cette technique dans la gestion du varroa. Pour en consulter les résultats (en anglais), cliquez sur ce lien.


Nous tenons à remercier sincèrement la FNOSAD pour l’organisation de cette journée riche d’échanges, de partages et de transmission de connaissances. Merci à eux !

