Ce samedi 17 janvier, le CARI et Arista Bee Research Belgium étaient présents à la journée technique de la Fédération Nationale des Organisations Sanitaires Apicoles Départementales (FNOSAD). Lors de cette journée, plusieurs conférences ont été présentées et abordaient un panel de sujets variés. Les conférences étaient principalement centrées sur l’aspect sanitaire en apiculture.
Le CARI et ARISTA ont suivi cet évènement riche en informations et vous présentent une série d’articles qui reprennent les éléments clés ressortant de cette journée.


Cet article reprend un synthèse de la conférence sur la lutte contre le frelon asiatique, véritable fléau des ruchers en Belgique comme en France.
« Le frelon à pattes jaunes dans l’Ain, après dix ans de lutte »
La journée a donc débuté avec un retour d’expérience du Docteur vétérinaire Patrick Paubel, lui-même apiculteur de loisir et ayant intégré la « commission Frelon à pattes jaunes » de la FNOSAD. Comme son titre l’indique, la conférence présentait un retour d’expérience de 10 ans à propos des mesures appliquées dans la gestion du frelon asiatique au sein du Département de l’Ain.
Le Département de l’Ain comptabilise actuellement 1028 apiculteurs pour 23 700 ruches et se caractérise par des écosystèmes diversifiés (plaines, montagnes, cours d’eau, etc.). Le frelon asiatique, dont la trajectoire de développement suit le tracé des cours d’eau, a été observé pour la première fois sur le territoire en 2015. Dix ans plus tard, pas moins de 25 000 fondatrices ont été capturées (contre 6000 en 2024) et 2274 nids ont été détruits.
Le plan de lutte mis en place dans le Département de l’Ain
Patrick Paubel a présenté le plan de lutte mis en place basé sur trois piliers, permettant d’arriver à ces résultats :
- Pilier 1 – Une plateforme de signalement : https://www.frelonsasiatiques.fr est une plateforme sur laquelle un utilisateur peut identifier les nids localisés par commune, et consulter ceux qui ont été traités.
- Pilier 2 – Un comité de pilotage : ce comité destiné a organiser et gérer le plan de lutte est composé d’une pluralité d’acteurs (conseil départemental, FDSEA, syndicat d’apiculteurs, SDIS/pompiers, villes et communes, etc.).
- Pilier 3 – Un réseau de référents formés sur le territoire : les apiculteurs peuvent se former pour devenir référents et assurer diverses actions dans le plan de lutte, comme la vérification des signalements sur la plateforme afin de supprimer les erreurs et les doublons ou encore le suivi du piégeage des fondatrices en collaboration avec les communes ;
À titre indicatif, pas moins de 60 à 80 référents surveillent actuellement les signalements dans le département de l’Ain. Pour assurer l’efficacité d’un tel suivi, les référents veillent à la composition du maillage sur l’ensemble du territoire départemental. Par ailleurs, la destruction des nids s’opère sous la propre responsabilité des apiculteurs ou des exterminateurs professionnels.
Le plan de lutte national français
Le plan de lutte national contre le frelon asiatique présente de grandes similitudes avec le plan du département de l’Ain et s’oriente également autour de trois piliers.
Pilier 1 – Piégeage des fondatrices
La stratégie de piégeage des fondatrices est en cours d’élaboration et sera d’application vers les mois d’avril-mai, notamment pour optimiser son efficacité en lien avec les conditions météorologiques locales.
Quels pièges ?
Tous les modèles sont sollicités (Beevital, cône, Good4bees, Beevital, etc.), pour autant que les pièges se révèlent suffisamment sélectifs et attractifs. Les pièges « bouteilles » sont proscrits, considérés comme non-sélectifs et provoquant des dégâts conséquents sur l’entomofaune.
Tous les pièges sont relevés une fois par semaine, impliquant au moins huit passages durant la période de piégeage. Tous les insectes sont comptabilisés (dont frelon asiatique ou non) et l’attractif est rechargé (formule classique du 1/3 – 1/3 – 1/3 ou utilisation de l’apéritif Vermouth 20%). Dans le cadre du plan national, chaque commune intervient financièrement en soutenant l’achat de deux pièges par nid signalé sur son propre territoire.
Quel maillage ?
Les pièges doivent être disposés de façon à couvrir un maximum de la surface du territoire qui fait l’objet du piégeage. Les pièges sont posés à proximité des ruchers mais également près des nids qui ont été signalés l’année précédente pour augmenter le potentiel du piégeage. En effet, les fondatrices issues de ces nids semblent s’installer à proximité de ceux-ci l’année suivante. C’est pourquoi il est primordial de disposer d’une cartographie régulièrement mise à jour, permettant d’afficher la répartition des nids sur un territoire donné à l’année N-1, et notamment près des zones de compost et près des cours d’eau lorsque c’est possible.
Lors de la présentation, quelques conseils issus de retours d’expérience ont été présentés pour maximiser les captures :
– Imprégner le cône avec l’appât de départ ;
– Frotter un frelon mort sur le cône pour l’imprégner de ses phéromones ;
– Laisser quelques frelons morts à l’intérieur d’un piège ;
– Changer l’orientation du cône selon le vent ;
– Piéger lorsque la température est de minimum 12°C ;
– Assurer une entrée du piège de 9mm ;
– Surélever le piège ;
– S’ils les frelons sont congelés, penser à les écraser pour s’assurer de leur élimination ;
– Solliciter l’aide des citoyens, souvent désireux d’aider les apiculteurs et de contribuer à la protection de l’abeille domestique, ces derniers peuvent représenter une aide précieuse dans la détection des nids.
Quelle période ?
La période de piégeage prend fin lors de l’émergence du frelon européen. En effet, même s’il peut exercer une prédation sur les ruches, néanmoins plus faible que celle exercée par le frelon asiatique, le frelon européen est un auxiliaire important pour les cultures agricoles.
Pilier 2 – Recherche des nids primaires et des nids secondaires
La recherche des nids primaires débute vers les mois de mars et avril. Les nids primaires sont souvent plus faciles à détecter par l’ensemble de la société et sont souvent localisés près des points d’eau, aux abords des activités humaines (entrepôts, abris de jardins, haies, granges, etc.). La recherche de nids secondaires est quant à elle réservée aux neutralisateurs professionnels et/ou aux apiculteurs formés.

Quelles techniques pour détecter les nids ?
La technique de détection par triangulation est une méthode qui peut être utilisée mais qui reste coûteuse en temps et en main d’oeuvre. Par ailleurs, 56% des nids sont détectés seulement à la chute des feuilles, vers les mois d’octobre-novembre, lorsque les nids libèrent les nouvelles fondatrices.
Un système de tracking sera bientôt mis à contribution dans le Département de l’Ain pour améliorer ce score. Pour comprendre ce type de système, nous vous invitons à lire notre précédent post sur le système Robor Electronics.
Pilier 3 – Protection du rucher
Pour protéger les ruchers, de nombreux outils existent : harpe, porte anti-frelons, muselière, tente anti-frelon, etc. Si aucun ne se révèle efficace à 100%, la combinaison de plusieurs outils sur un même rucher permet de freiner la pression de prédation exercée par le frelon sur les colonies et réduire le stress qu’elles subissent.
La Belgique pourrait-elle s’inspirer du plan de lutte du Département de l’Ain ?
Différents paramètres influencent les stratégies de lutte qui pourraient être mise en place en Belgique par rapport à celles prévues en France (composition et taille du territoire, localisation des ruchers, structures administratives,…).
Néanmoins, la Région wallonne pourrait s’inspirer de l’exemple du Département de l’Ain : par exemple, la création d’un réseau de référents frelons, comme le CARI l’a suggéré aux autorités régionales en 2025, pourrait constituer un réel soutien dans le plan de lutte contre le frelon asiatique.
Par ailleurs, les citoyens ne pourront participer à la détection des nids de façon efficace que s’ils disposent d’une plateforme simple d’utilisation permettant d’identifier les nids détectés l’année précédente et de différencier les nids déjà traités ou qui doivent l’être.

