Vespa velutina – connaître avant d’agir

Le frelon asiatique est l’objet de toutes les inquiétudes des apiculteurs belges depuis le scoop de la semaine dernière : la découverte du premier nid en Belgique. La progression de Vespa velutina présente un caractère irrévocable. Il est nécessaire de prendre modèle sur la France et d’organiser une stratégie de lutte. Au dernier congrès apicole français à Clermont-Ferrand, une conférence de Gilles Lanio, Président de l’UNAF, et de Michel Colleu, Président de la Fédération Départementale des Groupements de Défense contre les Organismes Nuisibles du Morbihan, a rencontré un vif succès. Selon les deux intervenants, la lutte organisée passe par un piégeage sélectif des fondatrices (au printemps essentiellement) et par une destruction des nids (entre mai et novembre). Le piégeage des femelles fécondées fondatrices au printemps permet de réduire la capacité de l’espèce à se développer.

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Calendrier de pose des pièges (FO = fondatrices – O = ouvrières)

Au printemps et en automne, des appâts sucrés sont recommandés par les intervenants français (vin blanc + bière + sirop à changer toutes les semaines) alors qu’en été des appâts protéinés sont plus attractifs (poisson, viande). Les pièges doivent être munis d’une grille ou de galets au fond pour éviter la noyade aux insectes non ciblés. Ils doivent en outre être dotés de trous de 5 à 5,5 mm pour permettre la sortie des insectes non ciblés. Les pièges sélectifs seront idéalement placés à proximité des anciens nids de l’année précédente  ou dans les ruchers menacés. En ce qui concerne les nids des frelons asiatiques, ils sont de deux sortes. Les nids primaires, réalisés en début de saison (mars-avril) par la reine fondatrice, est fragile et ne résiste pas aux intempéries. On les trouvera facilement dans des abris (cabane de jardin, hangar par exemple). Ils seront détruits en soirée pour détruire par la même occasion la reine fondatrice. Si seul le nid est détruit, la reine reconstruira un autre nid ailleurs. Les nids secondaires sont réalisés par les ouvrières de mai à novembre. Ils se situent dans les arbres et les arbustes, parfois très haut, jusqu’à 30 mètres du sol. Ils peuvent très bien résister aux intempéries (imperméabilisation par les ouvrières). La destruction de ce type de nids doit être réalisée par des professionnels.

En Belgique francophone, l’organisme chargé de la destruction des nids de frelon asiatique est le Centre Wallon de Recherche Agronomique de Gembloux (CRAw). Ce dimanche, les assistants apicoles ont bénéficié au CARI à Louvain-la-Neuve d’une formation donnée par Michel De Proft du CRAw, formé en France aux techniques de lutte contre Vespa velutina.

Il est capital de bien comprendre le comportement du frelon asiatique pour engager une lutte efficace. En France, l’INRA poursuit ses recherches et diffuse les résultats.

Pour maximiser les captures tout en minimisant le nombre d’insectes non ciblés tués, le piégeage doit être fait avec des pièges combinant une sélection mécanique (trous permettant aux insectes non ciblés de s’échapper) avec un appât. Des pièges de ce type, placés de juillet à novembre dans les ruchers attaqués par Vespa velutina en ont capturé environ 40% (Rome et al., 2011). Par ailleurs, les scientifiques cherchent toujours la solution pour développer une méthode de contrôle efficace utilisant un appât spécifique (Maher et al., données non publiées). A noter que le piégeage est surtout approprié en phase d’invasion du frelon asiatique et pas en phase de découverte des premiers nids. Piéger veut dire aussi attirer. Ne pas l’oublier quand on pose des pièges dans son rucher sans menace directe.

En dépit du bon sens, certains utilisent des méthodes dangereuses et ridicules comme celle qui consiste à détruire des nids avec un fusil de chasse. Cela ne tue pas tous les individus, augmente le risque d’accident et n’empêche pas un nouveau nid d’être reconstruit plus loin. Même si la reine est tuée, le développement du couvain et la prédation sont poursuivis par les ouvrières (comme dans les colonies d’abeilles bourdonneuses). La méthode la plus efficace pour la destruction des colonies est l’injection dans le nid d’un poison (cyperméthrine ou SO2) avec une perche télescopique. Les nids détruits avec les frelons morts à l’intérieur doivent ensuite être retirés précautionneusement pour éviter que des oiseaux ne soient intoxiqués en mangeant les frelons empoisonnés. L’utilisation d’appâts toxiques n’est pas recommandée puisqu’ils peuvent être attractifs et nocifs pour d’autres espèces animales (Beggs et al).

Il est en outre avéré que les essais de piégeage massif par le grand public présente un impact négatif sur la biodiversité locale tout en étant d’une efficacité médiocre. En l’absence de pièges et d’appâts réellement sélectifs, la seule solution pour réduire l’impact du frelon asiatique lorsqu’il est bien implanté dans une zone (c’est-à-dire pas encore en Belgique), est de le piéger uniquement dans les ruchers pendant la période où la prédation est la plus élevée (piégeage de protection des ruchers).

Cycle annuel du frelon asiatique (INRA)

Cycle annuel du frelon asiatique (INRA)

Rappelons pour terminer qu’une colonie de frelon asiatique peut produire plus de 400 reines fondatrices mais que quelques-unes seulement survivent (Villemant et al., 2011b), victimes de la concurrence pour les emplacements de nidification et les conditions de vie toujours difficiles pour les reines fondatrices avant l’émergence des premières ouvrières. Il n’en demeure pas moins que la vitalité est grande à l’échelle de l’espèce. La survie de quelques colonies suffit pour que la population puisse se maintenir et se multiplier (Haxaire et Villemant 2010).

Quelques ressources:

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