Néonicotinoïdes : nouvelle étude d’impact en plein champ

Champ_de_colza_Côte-d'Or_Bourgogne_avril_2014On sait que l’exposition chronique des insectes pollinisateurs aux insecticides néonicotinoïdes réduit leur survie et celle de la colonie lorsqu’il s’agit d’abeilles mellifères et de bourdons. Ceci a déjà été prouvé de manière expérimentale. Une nouvelle étude récente publiée dans la revue « Nature » montre une corrélation entre les décès de colonies d’abeilles mellifères et l’utilisation des pesticides néonicotinoïdes au Royaume-Uni. L’originalité de cette étude, c’est qu’elle a été réalisée en plein champ et à grande échelle. Elle concerne essentiellement l’imidaclopride, matière active du Gaucho (céréales) et du Confidor (arbres fruitiers et plantes d’ornement), etc. Autre originalité de cette étude, elle inclut des observations concernant le rendement de la production de colza entre 2000 et 2010. La superficie totale des terres agricoles plantées en colza en Angleterre et au Pays de Galle est passée de 293,378 hectares en 2000 à 602,270 hectares en 2010. Dans la même période, l’utilisation de l’imidaclopride en traitement de semence est passée de 1% en 2000 à plus de 75% en 2010. Les chercheurs ont réalisé des calculs de coûts/bénéfices à partir de ces données. Ils ont tenu compte d’un certain nombre de paramètres collant à la réalité de terrain comme le fait que l’usage des graines enrobées n’offre qu’un contrôle partiel des ravageurs, sans parler des ravageurs qui ont développé une résistance au produit. L’étude fournit des preuves que les avantages (réduction du nombre de pulvérisations foliaires et augmentation du rendement) sont négligeables par rapport aux coûts potentiels (pertes de colonies d’abeilles et rendements moins grands en pratique qu’en théorie). La justification économique de l’aide apportée aux agriculteurs pour les inciter à utiliser les néonicotinoïdes est ébranlée. C’est d’autant plus vrai que l’impact environnemental de ces substances ne s’arrête pas aux seuls insectes pollinisateurs. Les nappes phréatiques et les cours d’eau sont aussi concernés comme le révèle une étude américaine récemment publiée.

Ruisseau_canalise_PAGE_et_eutrophisePour mieux comprendre le devenir et le transport des insecticides néonicotinoïdes, des échantillons d’eau ont été prélevés dans les cours d’eau à travers tous les États-Unis. Le US Geological Survey vient de publier un document montrant les résultats de cette étude, la première à l’échelle nationale aux Etats-Unis. Au moins un néonicotinoïde a été détecté dans 53% des échantillons prélevés. C’est l’imidaclopride qui a détecté le plus souvent (37%), suivi par la clothianidine (24%), le thiaméthoxam (21%), le dinotéfurane (13%), l’acétamipride (3%). Le thiaclopride n’a pas été retrouvé. La clothianidine et le thiamethoxam ont été plutôt retrouvés en zone agricole alors que l’imidaclopride a été retrouvé majoritairement en zone urbaine. Un échantillonnage supplémentaire a été réalisé pour compléter ces résultats dans le but de déterminer, par exemple, les concentrations de néonicotinoïdes en zone agricole intensive, l’impact des périodes temporelles sur les concentrations de néonicotinoïdes dans les zones fortement urbanisées, les néonicotinoïdes dans les flux conduisant à une usine de traitement des eaux usées. Chaque fois au moins un néonicotinoïde a été détecté dans 63% des 48 cours d’eau échantillonnés.

Les néonicotinoïdes sont de nouveau remis en question au niveau de leur impact environnemental et au niveau de leur réel intérêt agronomique et économique. Espérons que ces arguments sauront faire réagir les pouvoirs politiques qui croient encore que la nocivité de ces molécules peut être compensée par leur intérêt économique.

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