L’AGM (abeille génétiquement modifiée) est prête à essaimer

Le séquençage du génome de l’abeille mellifère a déjà 10 ans. Les scientifiques en ont tout naturellement perçu le potentiel, en particulier du point de vue de la compréhension des mécanismes régissant les comportements sociaux. En 2014, des chercheurs de l’Université de Dusseldorf en Allemagne ont mis au point une méthode (un «PiggyBac», transposon ou «gène sauteur») permettant d’étudier chaque gène pour identifier leur fonction (1). La voie est alors ouverte vers l’abeille génétiquement modifiée. A l’apiculteur, on fait miroiter une super abeille résistante. Fini l’élevage sélectif fastidieux ! Selon leur propre argumentaire, les défenseurs du génie génétique offrent une solution beaucoup plus efficace pour répondre aux problèmes rencontrés. Le chercheur identifie les gènes spécifiques correspondant aux caractéristiques souhaitées et il les insère dans le génome afin que les reines transmettent les gènes introduits à leur progéniture. Jusqu’à présent, les méthodes permettent d’insérer des gènes dans des larves de reine avec un résultat de l’ordre de 25% de taux de transmission.

Hiroshi Nishimasu, F. Ann Ran, Patrick D. Hsu, Silvana Konermann, Soraya I. Shehata, Naoshi Dohmae, Ryuichiro Ishitani, Feng Zhang, and Osamu Nureki — Crystal Structure of Cas9 in Complex with Guide RNA and Target DNA - CC BY-SA 3.0

Hiroshi Nishimasu, F. Ann Ran, Patrick D. Hsu, Silvana Konermann, Soraya I. Shehata, Naoshi Dohmae, Ryuichiro Ishitani, Feng Zhang, and Osamu Nureki — Crystal Structure of Cas9 in Complex with Guide RNA and Target DNA – CC BY-SA 3.0

Aujourd’hui, en 2016, des chercheurs japonais viennent d’appliquer une technique d’édition du génome appelée CRISPR-Cas9 (2), une enzyme découverte en 2012 et utilisée pour modifier aisément l’ADN. Grâce à cette méthode, le sperme des mâles porteurs du transgène peut facilement être récolté pour être utilisé dans le cadre de procédures d’insémination artificielle de reines, courantes  en élevage. La porte est ouverte à la transmission de transgènes vers des colonies entières.

La course des généticiens est encore freinée dans bon nombre de pays par certaines mesures de précaution imposées, comme la nécessité de garder les abeilles OGM confinées en laboratoire, ce qui freine les études de génétique inverse c’est-à-dire la compréhension de la fonction des gènes par l’observation des organismes mutants. Toutefois, gardons les yeux ouverts ! Que les besoins économiques des apiculteurs ne fassent pas oublier les raisons qui gardent les mutants dans les laboratoires…

Références:

(1)  Schulte, C., Theilenberg, E., Müller-Borg, M., Gempe, T., & Beye, M. (2014). Highly efficient integration and expression of piggyBac-derived cassettes in the honeybee (Apis mellifera). Proceedings of the National Academy of Sciences,111(24), 9003-9008.

(2) Kohno, H., Suenami, S., Takeuchi, H., Sasaki, T., & Kubo, T. (2016). Production of Knockout Mutants by CRISPR/Cas9 in the European Honeybee, Apis mellifera L. Zoological Science, 33(5), 505-512.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.