États généraux de la Protection des cultures (EGPC) : quel avancement ?

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Dans le courant du mois de novembre 2025, nous vous avions parlé des EGPC mis en place par Madame la ministre Anne-Catherine Dalcq et encadrés par le CRA-w, soit un projet visant à réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques de synthèse (PPPs) dans les cultures agricoles et horticoles. Ce vendredi 22 mai avait lieu une séance de restitution de ces EGPC afin de partager les avancées réalisées au cours du premier semestre 2026 dans le cadre des EGPC.

États généraux de la Protection des cultures (EGPC) : quel avancement ?

Pour rappel, l’objectif initial du projet EGPC est d’établir une méthode de terrain, scientifique et collective à l’aide de plusieurs « groupes filières » afin d’ouvrir le champ de l’ensemble des solutions permettant de réduire l’utilisation des pesticides, tout en tenant compte des réalités du terrain.


Introduction

Les groupes filières

Georges Sinnaeve, Directeur général honoraire, CRA-w

La création des « Groupes Filières » (GF), composés de 40 à 50 personnes, a permis de regrouper un ensemble d’acteurs du secteur agricole afin d’identifier les alternatives aux produits phytopharmaceutiques de synthèse, pour chaque filière :

  • GF1 ; Pomme de terre
  • GF2 ; Betterave et chicorée
  • GF3 ; Céréales
  • GF4 ; Maïs et fourrages
  • GF5 ; Horticulture comestible (légumes frais, petits fruits et fraises)
  • GF6 ; Maraîchage industriel (pois, haricots, carottes, épinards et oignons)
  • GF7 ; Arboriculture fruitière et viticulture
  • GF8 ; Oléoprotéagineux
  • GF9 ; Horticulture « non comestible » et ornementale (sapin de Noël, pépinières, etc…)

Dans le cadre des EGPC, 5 réunions par GF ont été réalisées entre janvier et février 2026, soit un total de 45 réunions. Lors de ces réunions, tous les acteurs présents ont pu décrire et discuter des freins et leviers liés à la mise en oeuvre de la protection de leurs cultures. Chaque réunion était encadrée par le CRA-w et un représentant d’un centre pilote.  

Objectifs à rencontrer lors de ces réunions par GF :

  1. État des lieux
    Réaliser un état des lieux de l’usage et des risques liés aux produits de protection des plantes.
  2. Recherche de méthodes alternatives à l’utilisation des PPPs
    Décrire et classer les méthodes alternatives selon 3 catégories :
    – Alternatives déjà existantes et peu coûteuses
    – Alternatives à court-terme (2 à max. 5 ans), prototypes nécessitant une validation
    – Alternatives à long-terme (plus de 5 ans), à approfondir
  3. Connaissances à acquérir pour réduire, voire supprimer, les PPPs
    Faire une liste des recherches en cours et celles à développer. Quels travaux de recherches sont nécessaires? Quels sont les problèmes ne possédant pas de solution identifiée à court-terme? Quels besoins spécifiques existent pour certaines cultures émergentes (comme le tournesol)?

Thématiques abordées lors de ces réunions par GF :

  • Évolution des bioagresseurs et changements climatiques ;
  • Progrès en amélioration des plantes (génétiques) ; développement de variétés plus résistantes/tolérantes (NGT) ;
  • Nouvelles tech-niques/-nologies culturales, lutte intégrée, rotation et système culturaux ;
  • Nouvelles molécules, biostimulants, biocontrôles et fertilisants
  • Mise en place d’un suivi, d’un système d’avertissements et d’outils d’aide à la décision ;
  • Attentes et contraintes de l’aval, exigences agronomiques et qualitatives fixées par l’aval.

Les alternatives aux pesticides et
les thématiques de recherche à développer

Viviane Planchon, Cheffe de Département, CRA-w

L’ensemble des alternatives aux pesticides ainsi que les thématiques de recherche à approfondir ont également été présentées lors de cette séance :

Source : Site du CRA-w ; Séance de restitution des EGPC


Les Grandes Conclusions des filières

Lors de cette séance de restitution, chaque groupe filière a ensuite présenté la situation actuelle de sa filière afin de répondre aux questions suivantes :

➜ « Où en sommes-nous ?« 
➜ « Quelles alternatives existent ?« 
➜ « Quelles thématiques de recherche devraient être approfondies ?« 

Si vous souhaitez en savoir plus sur les conclusions d’un groupe filière en particulier,
les diaporamas ainsi que la vidéo des EGPC sont disponibles sur le site du CRA-w.


Prochaine étape : Approche systémique

Jusqu’à présent, l’approche systémique et dynamique qui combine plusieurs méthodes afin d’utiliser les produits chimiques en derniers recours était nommée « la lutte intégrée« . Cependant, selon Marc Lateur (chef de département du CRA-w), il s’agirait plutôt d’une « Protection Intégrée des Cultures » (PIC). Le fonctionnement de la PIC à l’échelle d’une ferme est présenté à la Figure 5.

Figure 5 : Pyramide illustrant le processus de Protection Intégrée des Cultures

Cette pyramide (Figure 5) illustre les différents niveaux d’actions à mettre en place pour la protection d’une culture, celle-ci représentant un « système » à part entier. Par exemple, dans le cas des mesures préventives, le producteur peut adapter sa pratique culturale à son terrain et renforcer la biodiversité fonctionnelle (présence d’auxiliaires). L’utilisation d’outils d’aide à la décision lui permet de suivre l’évolution de sa culture (contrôle des maladies, ravageurs et adventices) afin d’adapter la combinaison des méthodes de contrôle (lutte non chimique et chimique), et ainsi limiter les impacts pour les organismes non-ciblés, la santé et l’environnement.

Quelle est la situation actuelle concernant la mise en oeuvre des différents niveaux de la PIC ?
Dans le contexte actuel, il faudrait identifier et décrire les méthodes et pratiques alternatives efficaces et opérationnelles aux PPPs pour chacun des 4 niveaux de la pyramide (vert-bleu-mauve-jaune). Plus précisément, il faudrait décrire les freins à leur mise mise en œuvre (tels que la charge de travail, les coûts estimés, l’encadrement/conseil indépendant, le partage de risques…), mais aussi décrire les connaissances complémentaires pour leur passage à grande échelle dans les systèmes de culture, le besoin de formation et d’aides à l’investissement, les contraintes actuelles (industrie, consommateurs) ainsi que les contraintes administratives. Il serait également pertinent de décrire les leviers et les améliorations à y apporter pour les rendre encore plus efficaces.

À cette fin, il est prévu prochainement un travail regroupant différents experts qui permettra de clarifier ces informations :

  • Dans le secteur de l’horticulture : 12 encadrants (en provenance du CRAw et du Centre pilote des cultures) se réuniront avec 12 organismes extérieurs de terrain, pour les filières suivantes : GF5, GF7 et GF9. Les cultures analysées seraient les choux, les fraisiers, les vergers, les sapins et les plantes fleuries sous-abri. ➡️ 2 études de cas représentatifs par groupe filière et mise en commun des analyses lors des réunions
  • Dans le secteur de l’agriculture :  18 encadrants (en provenance du CRAw et du Centre Pilote des cultures) se réuniront avec 18 organismes extérieurs de terrain, pour les groupes filières suivants : GF1, GF2, GF3, GF4, GF6 et GF8. Ces groupes réaliseront une analyse sur 3 zones de grande cultures en Wallonie (Limoneuse Ouest, Limoneuse Est et Sud du sillon Sambre & Meuse). Pour chaque zone (3), ils analyseront au moins 6 cas de figure représentatifs et analyseront de manière intégrée la succession culturale/rotation/interculture. ➡️ Ainsi, un total de 18 études de cas seront réalisées

Source : Site du CRA-w ; Séance de restitution des EGPC


Témoignages d’acteurs du terrain

Des témoignages de différents acteurs du terrain concernant la mise en place de la protection intégrée ont été présentés :

  • Une approche d’une protection intégrée en horticulture fruitière présentée
    par Philippe Thiry (superviseur technique, GAWI asbl) ;
  • Une approche d’une lutte intégrée en grandes cultures annuelles
    par Luc Joris (agriculteur de la ferme de Géronvillers, dans le Brabant Wallon, en zone limoneuse) ;
  • Une approche de succession culturale en grandes cultures annuelles
    par Alix Hubaux (scientifique du CRA-w).

Si vous souhaitez en savoir plus sur ces témoignages,
les diaporamas ainsi que la vidéo des EGPC sont disponibles sur le site du CRA-w.


Présentation du Vade-mecum

Didier Stilmant, Chef de Département, CRA-w

Ce document reprend l’ensemble des alternatives issues des échanges en réunion GF visant à réduire l’usage et les risques des PPPs. Il présente d’abord la méthodologie utilisée puis les pistes proposées pour réduire l’usage et les risques des PPP de synthèse. Vous y trouverez donc des pistes communes à plusieurs filières ainsi que des fiches techniques spécifiques par type de culture (d’où l’utilité des 9 groupes filières).

Accès au Vade-mecum via le lien suivant :
https://www.cra.wallonie.be/fr/vade-mecum-EGPC

Pour chaque groupe filière, une matrice à double entrée a été réalisée. Elle présente les problèmes phytosanitaires majeurs rencontrés par les cultures de chaque filière et les alternatives de lutte disponibles visant à réduire l’usage des PPPs.

Par exemple, dans le cas de la culture des pommes de terre, le niveau de maturité des pratiques proposées est défini par un code couleur :

➜ En vert : il s’agit d’une pratique opérationnelle et efficace
➜ En jaune/orange : il s’agit d’une pratique qui nécessite encore des mises au point/des recherches pour être applicables à grande échelle.

Les numéros (sous forme de pastilles) renvoient vers les points d’attention pour la mise en oeuvre des différentes pratiques, repris dans les notes sous les tableaux. De plus, tout au long de votre lecture, vous rencontrerez également des ampoules, renvoyant vers des ressources externes, consultables en ligne.

Figure 9 : Matrice à double entrée de la pomme de terre

Évolution du Vade-mecum

Ce document fera l’objet de plusieurs évolutions afin de maximiser son usage et son accessibilité mais aussi, de prendre en compte les prochains travaux qui seront réalisés.

22 mai 2026 : Version reprenant les alternatives disponibles afin de réduire l’usage des PPP dans les 9 GF complétées par un compte rendu exhaustif des échanges qui ont permis d’identifier les freins et leviers à l’implémentation des alternatives.

30 juin 2026 : Version adaptée pour un usage sur smartphone.

Février 2027 : Version 2.0. – intégration des approches réalisées à l’échelle « Système de culture » afin de prendre en compte les binômes de succession de cultures/rotation/interculture à privilégier et les différents niveaux de la pyramide de PIC pour tendre vers une réduction de l’usage des PPPs.

Décembre 2027 : Version 3.0. – objectivation des performances technico-économiques associées aux différentes alternatives identifiées dans les différentes cultures, selon les approches annuelles et pluriannuelles.


Conclusion

Après plus de 50 réunions rassemblant plus de 130 parties prenantes, les EGPC ont donc permis de/d’:

  • alimenter le débat professionnel sur les PPP au sein des filières et entre filières différentes ;
  • organiser des réunions transversales entre experts CRA-w, Centre(s) Pilote(s) et autres structures d’encadrement ;
  • favoriser la collaboration entre les structures d’encadrement/accompagnement ;
  • identifier les marges de manoeuvre des PPP et des alternatives aux PPP ;
  • rappeler l’intérêt majeur de la Protection Intégrée des Cultures (PIC) selon une approche « système de culture » ;
  • identifier les thématiques de recherche à approfondir pour développer la mise au point d’alternatives efficaces ;
  • initier des réflexions sur l’approche « système de cultures » dans la Version 2.0. du Vade-mecum.

La première version du Vade-mecum reprend les alternatives disponibles et applicables dès maintenant pour un certain nombre de cultures. Cette approche systémique à l’échelle de la ferme permet de compiler un ensemble de combinaisons d’alternatives aux PPPs. Le document présente donc des pistes de solutions concrètes et non des solutions « clé sur porte » comme l’ont répété les divers orateurs de l’après-midi, qui nécessitent un encadrement et un accompagnement dans le temps, lors d’une période de transition (min. 5 ans) pour pouvoir observer un changement de système.

Pour conclure, l’après-midi s’est terminée sur une « matrice de maturité«  illustrant l’avancée de la mise en oeuvre de la PIC dans les filières wallonnes (Figure 10) :

  • En vert, des pratiques opérationnelles et déjà mises en oeuvre ;
  • En orange, des pratiques opérationnelles mais qui rencontrent des freins à leur mise en oeuvre ;
  • En rouge, des pratiques qui doivent encore faire l’objet d’analyses approfondies.

Figure 10 : Matrice de maturité des pratiques étudiées

Cette matrice de maturité permet de visualiser l’avancée des alternatives à étudier, analyser et évaluer. Il s’agit donc d’une affaire à suivre ! Nous saluons d’ores et déjà la démarche ainsi que ses avancées en espérant que cette mobilisation pourra mener à une réduction réelle de l’impact des pesticides sur nos pratiques agricoles et horticoles, soit une mesure bénéfique pour l’apiculture également…